About Elrora
Le soleil n’avait pas encore franchi la crête dentelée de Padar qu’Elrora virait fort à bâbord, projetant une gerbe d’embruns sur l’étrave tandis que nous foncions vers Manta Point. Je m’agrippais au rebord matelassé du banc avant, pieds nus sur le pont antidérapant encore frais de la nuit. Le moteur hors-bord ronronnait régulièrement — pas de ronflement de moteur intérieur pour étouffer le claquement des vagues. À 8h45, avec Labuan Bajo déjà à vingt milles nautiques derrière nous, la première raie manta a frémi sous la surface, comme une ombre projetée vers le haut. Ce n’était pas une croisière. C’était une ligne droite tracée sur la mer ouverte, calée pour surprendre les courants au moment où les mantas se nourrissent.
Elrora ne s’attarde pas. Mesurant 13 mètres, elle est faite pour la vitesse, pas pour les ponts spacieux. La seule cabine fermée se situe à mi-coque, basse de plafond mais fonctionnelle, avec des banquettes transformables en couchette de jour. Climatisée, elle baigne dans un ronronnement discret, sous les conversations en indonésien et les clics feutrés des appareils photo. À l’extérieur, la plateforme arrière ouverte descend un échelle directement dans le chenal entre Gili Lawa Laut et Manta Point. À 10h15, nous flottions déjà au-dessus de requins de récif près du poste de nettoyage, le bateau amarré à une bouée jaune, sans aucune autre embarcation en vue.
Le déjeuner fut servi à midi sur l’île de Kanawa — poisson grillé, salade de concombre et tomate, ananas frais en barquettes individuelles en aluminium — consommé sur des bancs en bois ombragés sous une tonnelle en chaume. L’équipage avait tout prévu : sortie du bateau juste avant que le soleil de midi n’aveugle l’îlot. Nous étions à l’ancre au large, l’ombre du bateau rétrécissant sur le sable blanc. Pas de cuisine à bord, pas de service à table. Il ne s’agit pas de dîner gastronomique sous les étoiles. Il s’agit d’avancer vite, de s’arrêter net, et de vous mettre à l’eau quand la visibilité atteint 20 mètres et le courant est doux.
Vers 14h30, nous avons atteint Taka Makassar. Le banc de sable émergeait à marée basse, une fine lame blanche éclatante encadrée de turquoise. Elrora s’est ancrée au vent, avec une dérive minimale. Inutile de sortir les kayaks ou le tender — une simple nage de cinq mètres depuis l’échelle arrière suffit pour toucher terre. Un membre de l’équipage a apporté des bouteilles d’eau supplémentaires, qu’il a placées à l’ombre d’un coffre réfrigérant flottant. J’ai vu deux voyageurs de Singapour longer lentement l’îlot, téléphone dans une pochette étanche, riant de la profondeur qui passait de la taille à la cheville en dix pas.
De retour à bord à 16h, nous avons mis le cap sur Kalong Island. Pas de cocktails au coucher du soleil, pas de musique. Juste le capitaine réduisant les gaz en longeant la frange de mangroves, les chauves-souris commençant leur ascension en spirale. Le trajet de retour vers Labuan Bajo a duré 70 minutes. Dans la cabine, deux passagers dormaient sous de fines couvertures en coton. D’autres sont restés sur le pont, la peau salée séchant au vent, observant les lumières de la ville grimper les collines. Elrora accoste à Bajo Perak, juste à l’ouest du port de plaisance principal — un quai discret, pas un embarcadère touristique. Le débarquement a pris quatre minutes. Pas de formalités, pas d’attente. Le bateau était prêt à repartir à 19h15.










